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Une biotech échoue dans Alzheimer: -75%. Les leçons de cet échec

Ces derniers mois, tous les yeux étaient rivés sur une biotech controversée : Axovant. Cette société, spécialisée dans le traitement de la maladie d'Alzheimer, était valorisée 2,75 Milliards $ hier. Aujourd'hui, elle ne vaut plus que 700 Millions $.

Un rêve évanoui

Pas plus tard qu'hier (lien ici), certains analystes avançaient un cours de 100$ en cas de succès de l'étude (hier le cours a clôturé proche de 25$). Il faut dire que 99,6% des essais cliniques ont été des échecs pour traiter cette maladie. Par conséquent, un succès en Phase III aurait été considéré comme exceptionnel.

L'intepirdine d'Axovant (RVT-101) focalisait ainsi toute l'attention des investisseurs depuis son IPO au Nasdaq en 2015. Le potentiel de marché de sa molécule paraissait gigantesque : à l'heure actuelle, aucun traitement digne de ce nom ne traite cette maladie. Si bien que les analystes tablaient sur des ventes de 2 à 5 Milliards $ par an pour le RVT-101.

Mais les résultats de l'étude publiés hier sont sans équivoque: c'est un échec. À 24 semaines, les patients traités avec 35 mg d'intepirdine n'ont pas connu d'amélioration de la cognition ou dans les mesures d'activités de la vie quotidienne (ADCS-ADL) ni les mesures de l'échelle d'évaluation de la maladie d'Alzheimer (dite ADAS-Cog) par rapport aux patients traités par placebo.

Une molécule sortie du chapeau

L'Intepirdine a été une molécule "ressuscitée" (on pourrait même dire "recyclée"). En effet, après des résultats initiaux décevants, Axovant a acquis des droits de ce médicament en 2014 auprès de GlaxoSmithKline pour un montant de 5 millions de dollars et 12,5% de redevances sur les ventes.

GlaxoSmithKline avait mené un programme de phase II, qui s'était soldé par quatre essais sans le moindre succès. Axovant avait analysé en détail les données de GlaxoSmithKline et a décidé qu'il y avait assez de preuve d'efficacité pour avancer vers une Phase III.

En juin 2015, la société anglaise (créée par un jeune anglais de 32 ans) basée aux Bermudes est introduite en bourse sur sur le Nasdaq ou elle réussit à lever pas moins de 315 millions de dollars pour financer son essai de phase III (étude baptisée MINDSET) ou elle teste son intepirdine + donepezil vs donepezil seul (pour la forme légère à modérée de la maladie). On connaît la suite : un échec retentissant.

Les leçons de cet échec

-Une Phase III est déjà souvent 'pricée' chère : étant proche d'une AMM et disposant souvent de résultats d'efficacité apportant un rationnel scientifique, le marché la valorise à juste titre. Mais un échec en Phase III peut coûter cher à une Biotech.

-La société Axovant était quasi mono produit. Ce qui signifie que presque son pipeline était ultra concentré : elle dépendait très largement d'une seule molécule. Il est préférable d'investir sur une société au pipeline clinique diversifié.

-L'intepirdine d'Axovant (RVT-101) a été racheté pour une bouchée de pain (5 Millions $) au laboratoire GSK et après une série d'échecs en Phase II. Mieux vaut éviter ce genre de "deal" : on peut aisément imaginer que si cette molécule avait un tel potentiel, GSK se serait empressé de la tester en Phase III.

-Le "sérieux" de la société n'est pas à prendre à la légère: le siège d'Axovant lors de sa création était aux Bermudes. La société a seulement été créée en 2014...

-Les analystes financiers étaient ultra enthousiastes, et cela pose les limites des modèles de valorisation : ils estimaient une probabilité de succès de cette Phase III à plus de 50% (voir même de 65% chez certains analystes) - voir cet article de Bloomberg.  Il est préférable de faire ses propres recherches ou de recouper plusieurs sources pour se faire sa propre perception d'une idée d'investissement en biotech.

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