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GeNeuro veut consolider son avance dans l’étude des HERV pour lutter contre la sclérose en plaques et d’autres maladies

INTERVIEW - De nationalité suisse, Jesús Martin-Garcia est PDG de GeNeuro, société qu'il a contribué à créer via l'incubateur genevois Eclosion. M. Martin-Garcia a travaillé dans l'audit et le conseil (McKinsey) avant d'opter pour la voie entrepreneuriale en créant, investissant et dirigeant différentes start-ups en Suisse (dont LeShop, revendue à Migros une fois devenu leader du e-commercie en Suisse) et aux Etats-Unis. Il a suivi une formation en sciences économiques et en droit à l'Université de Genève, ainsi qu'un MBA à Harvard.

BiotechBourse : À peine plus de trois mois, c’est le temps qui a fallu à votre société GeNeuro pour recruter déjà la moitié de l’effectif prévu dans l’essai de phase 2b de votre principal candidat-médicament en traitement de la sclérose en plaques. Vous attendiez-vous à un recrutement aussi rapide ?
Jesús Martin-Garcia, PDG de GeNeuro : Nous venons en effet d’annoncer que les 130 premiers des 260 patients prévus avaient rejoint l’étude « CHANGE MS ». Le rythme de recrutement illustre un vif intérêt de la part des investigateurs et des patients pour ce médicament dans la mesure où il s’agit du seul candidat médicament qui s’attaque à une cause potentielle de la sclérose en plaques et non à ses symptômes, en agissant sur une cible biologique qui a des effets aussi bien inflammatoires que neurodégénératifs (blocage du système de remyélinisation). En ce sens GNAbC1 a le potentiel de devenir un médicament au profil unique, agissant sur une cause de la maladie et ce sans interférer avec le système immunitaire des patients, au contraire des traitements actuellement disponibles - lesquels sont aujourd’hui très utiles pour contrôler les poussées inflammatoires, je le souligne. Bien sûr, il nous reste à faire la démonstration du potentiel thérapeutique de cette nouvelle voie de traitement de la sclérose en plaques ; c’est tout l’objet des essais en cours. En termes de calendrier, le fait que nous ayons déjà passé la moitié du recrutement nous donne encore plus de sérénité quant à l’obtention des résultats pour le quatrième trimestre 2017.

BiotechBourse : En plus de l’avancement de cette étude dans les 13 pays européens prévus, quid du volet américain ? Comptez-vous sur une extension de CHANGE MS aux Etats-Unis pour booster encore le recrutement ?
Jesús Martin-Garcia : Notre objectif demeure d’obtenir l’autorisation de la FDA à mener des essais sur le sol américain (IND) avant la fin de l’année. L’enjeu de cette extension n’est pas véritablement numérique puisqu’avec 260 patients, la puissance statistique de l’essai est déjà conséquente. C’est au plan stratégique qu’il est important pour GeNeuro d’associer des centres américains à nos essais cliniques, en vue si les résultats le justifient des futurs essais pivot permettant l’enregistrement. Dans la perspective de la phase 3, il est en effet essentiel que la FDA connaisse déjà le médicament, que ses experts soient à l’aise avec son profil clinique et que nous commencions à collaborer avec des centres américains susceptibles de participer à un essai d’enregistrement.

BiotechBourse : Comment se partagent les droits avec les laboratoires Servier, votre partenaire ?
Jesús Martin-Garcia : Servier a pris l’option d’acquérir la licence mondiale du produit dans l’indication de la sclérose en plaques à l’exclusion des Etats-Unis et du Japon - sachant à titre indicatif que les USA représentent aujourd’hui les deux tiers du marché mondial des traitements de la sclérose en plaques. GeNeuro reçoit 37,5 millions d’euros pour financer la Phase 2b actuellement en cours. A la fin de celle-ci, si Servier exerce son option, GeNeuro pourra recevoir 325 millions d’euros supplémentaires comme milestones de leur part, plus des royalties sur les ventes. En outre, en cas d’exercice de l’option, Servier s’est engagé à financer la phase 3.

BiotechBourse : Peut-on déjà estimer le périmètre et le calendrier de cette phase 3 ?
Jesús Martin-Garcia : C’est essentiellement à la lecture des résultats de la phase 2b que nous pourrons déterminer le profil et le nombre de patients nécessaires à cette Phase 3. Dans un scénario idéal, le timing serait probablement un démarrage en 2018, en termes de sélection des centres et de début du recrutement, mais encore une fois tout va dépendre du déroulé et des résultats de l’essai en cours. En tous cas, nous avons calibré la levée de fonds réalisée lors de notre IPO pour nous permettre d’atteindre cette échéance tout en avançant dans d’autres indications.

BiotechBourse : Justement, où en êtes-vous dans le diabète de type 1 et dans la PIDC, les deux indications supplémentaires que vous aviez communiquées ?
Jesús Martin-Garcia : Il faut rappeler que notre connaissance des rétrovirus endogènes s’appuie sur 25 années de recherche et si c’est dans la sclérose en plaques que nous sommes actuellement le plus avancé, nous avons aussi des données intéressantes dans ces nouvelles indications. Nous espérons pouvoir mettre en place avant la fin de l’année, comme prévu, une étude de phase 2a dans le diabète de type 1. Concernant la PIDC, s’agissant d’une maladie orpheline assez rare (l’ordre de grandeur est d’environ 100.000 patients dans le monde) pour laquelle le biomarqueur que nous ciblons avec notre molécule est présent chez 50% des patients, la planification de l’essai prend un peu plus de temps car elle doit avoir l’aval des autorités quant aux données qui permettraient un enregistrement du médicament en cas de succès dans cette indication.

BiotechBourse : GeNeuro a-t-elle significativement grandi depuis l’introduction ?
Jesús Martin-Garcia : Nous avons certes étoffé l’équipe clinique et règlementaire afin de répondre à l’augmentation du nombre d’études mais sans inflation des effectifs : concrètement, nous sommes passés de 23 à 27 collaborateurs. Nous recrutons de manière ciblée dans les domaines où nous savons qu’il est impératif de nous renforcer. Aujourd’hui le nouveau directeur médical de GeNeuro, le Dr. Robert Glanzman, dirige ces équipes avec son expérience de plus de dix ans dans le développement de médicaments contre la sclérose en plaques, notamment comme responsable global de l’équipe de développement de l’Ocrelizumab de Roche de 2009 à 2012.

BiotechBourse : L’étude des HERV, dont GeNeuro est un des pionniers, est j’imagine un champ en pleine évolution ; qu’avez-vous retenu dernièrement ?
Jesús Martin-Garcia : Durant le congrès ECTRIMS tenu à Londres du 14 au 17 septembre, nous avons pris connaissance avec intérêt d’une étude menée par une équipe brésilienne sur des transposons (mesure d’activation de gènes) de la famille des HERV W avec des données intéressantes montrant une discrimination en termes de degré d’activation entre les personnes saines et celles atteintes de SEP, ainsi qu’une différence de sévérité de la maladie en fonction de l’intensité de cette activation. Egalement lors de ce congrès, une étude clinique utilisant un traitement anti-rétro-viral chez des patients SEP a été présentée : bien que le produit testé (un produit qui vise la multiplication des virus et non la production de protéines virales) ne soit pas apparu efficace, cette étude a mis en évidence la présence en quantité de la cible du médicament de GeNeuro, le MSRV ENV, dans les cellules immunitaires des malades. Prises isolément, ces données ne sont évidemment pas décisives, mais globalement les découvertes qui s’accumulent graduellement viennent confirmer la pertinence de notre approche.

Cela nous conforte dans notre ambition d’exploiter le potentiel de cette technologie dans tous les domaines ; on peut penser à la sclérose latérale amyotrophique par exemple, une maladie très grave où le HERV K semble jouer un rôle important. À l’heure actuelle, nous sommes les seuls à travailler sur HERV à un stade clinique. Cela demande des outils extrêmement sophistiqués qui ne sont à disposition que dans des Instituts de pointe comme le Karolinska Insititute, la Cleveland Clinic, le NIH… Dans l’univers académique le domaine des HERV suscite déjà une vraie effervescence mais si nous établissons la preuve de concept clinique de cette approche, alors je suis convaincu que le degré d’intérêt pour les HERV va progresser de façon exponentielle non seulement parmi les scientifiques mais aussi chez les industriels de la pharmacie. Il nous faut donc consolider notre avance non seulement dans la sclérose en plaques mais aussi dans d’autres indications. L’accélération actuelle de notre programme dans la sclérose en plaques ne constitue qu’un premier pas…

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